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Méli-mélo autour du Père-Noël

Méli-mélo autour du Père-Noël

 

Billet de l’Avent

 

Corinne DROEHNLE-BREIT

Docteur en psychologie clinique

Spécialisée en psychologie enfantine et juvénile

 

 

 

Le Père Noël est un mythe, c’est-à-dire un discours transmis oralement, alimenté par les parents et les adultes, qui chaque année à la même période, vient occuper une place importante dans la rêverie enfantine et le discours collectif.

Ce mythe particulier, ne correspond pas à un conte structuré et n’a ni commencement, ni dénouement, mais uniquement la présence d’un personnage « sans histoire » : un père pour le jour de Noël, un personnage évanescent, habituellement associé à un ancêtre, mais altruiste, généreux, avenant, dont la fonction serait celle de donner sans compter.

Pourquoi maintenir cette croyance chez l’enfant dans un personnage satisfaisant tous ses désirs ?

 

 

A propos du mythe du Père-Noël

On ne peut donc pas dater l’origine du Père-Noël, car les mythes n’ont pas d’auteur ; toutefois, il y a un début : Noël est célébré le 25 décembre dans les églises chrétiennes depuis le IV siècle ; c’est la fête solennelle de la naissance de Jésus.

L’origine du Père-Noël est à rechercher d’abord dans les rites païens, liés au culte des morts ; en effet, une fête nommée la nuit des masques se déroulait pendant le solstice d’hiver, où des jeunes hommes masqués incarnant les esprits des ancêtres, se rendaient de maison en maison pour réclamer à boire et à manger. Ainsi en Angleterre, on retrouve au XVIIème siècle, un personnage portant une longue barbe, appelé « Noël ».

Dès le Début du Moyen-Age, le christianisme se diffuse en essayant de remplacer les anciennes croyances et l’Eglise va alors donner des noms chrétiens : saint Nicolas, Sainte Lucie, saint Thomas ou Saint Etienne.

Saint Nicolas, Evêque de Myre au IV ème siècle, aurait accomplit plusieurs miracles et à partir du XVème siècle, il commencerait à passer la veille du 6 décembre dans les maisons, pour récompenser les enfants sages en leur offrant pommes et noix, en échanges de prières.

A la fin du XVIème siècle, alors que la coutume du Saint Nicolas s’est répandue en Europe, le protestantisme apparaît en Allemagne. Saint Nicolas sera très critiqué et lui sera substitué l’enfant Jésus, qui distribuera les cadeaux le soir de Noël, veille de sa naissance.

A la fin du XVIIIème siècle, certains protestants d’Allemagne décident de supprimer les personnages chrétiens de Noël, dans le but de laïciser leur pays. Ils font alors ressurgir du passé le vieux Noël, qui symbolisait l’esprit de l’ancêtre. Il apparaît ainsi muni d’une longue barbe et d’un grand manteau de fourrure, parcourant en traîneau, le soir de Noël, les villages pour s’informer si les enfants avaient été sages et si c’était le cas, de laisser un sapin couvert de présents. Cette coutume va se diffuser dans les pays voisins ; en France, il sera nommé le « Bonhomme de Noël ».

Les Européens immigrant massivement vers l’Amérique emportèrent avec eux leurs coutumes ; c’est de cette façon, que le personnage de Saint Nicolas et de celui du Bonhomme de Noël, quasi identiques, à l’exception de la date de leurs passages, furent synthétisés par un théologien dans un seul personnage à partir de 1823, nommé Santa Claus. En 1860, un dessinateur américain présenta le Père-Noël comme un gros bonhomme, jovial, barbu, vêtu d’un costume rouge et d’un ceinturon de cuir. Enfin, c’est Coca-Cola qui en 1931 porta la dernière pierre à l’édifice en rendant le Père-Noël incontournable. Il le représenta en train de boire du Coca-Cola, pour reprendre des forces, paré d’un manteau aux couleurs de la marque, rouge et blanc. La célébrité de la marque permit ainsi au Père-Noël de devenir la vedette de la nuit de Noël, en marchant sur les plates-bandes de l’enfant Jésus.

 

L’image du Père-Noël

Le « Père » dans Père-Noël est un père, mais un père sans enfants ni conjoint (on ne note aucun élément féminin dans le mythe), donc un père de « cœur » capable de considérer tous les enfants de la terre comme les siens. Il véhicule une image de toute-puissance, bonne et salvatrice, omniprésent (puisqu’il surveille la sagesse des enfants). Bref, il ferait penser à un grand-père, foncièrement bon et bienveillant.

Ce Père-Noël serait également une des seules figures mythologiques transmise par les adultes aux enfants : il serait un médiateur entre la terre et les cieux, un avatar de Dieu. Les parents seraient ainsi très attachés à cette croyance du Père-Noël, car dans le bonheur de leurs enfants, ils retrouveraient aussi le leur, celui d’une croyance en un lieu et un temps qui satisfait tout.

Le Père-Noël déculpabilise l’enfant qui adresse sa liste à un tiers, à un inconnu, ce qui peut être un aspect positif, car il ne se sentira pas en dette d’un contre-don vis-à-vis de ses parents. Mais cette façon de concevoir les choses peut aussi être perçue autrement : l’enfant apprend de la sorte à formuler des demandes matérielles, à être éduqué à désirer des biens matériels et à les recevoir « magiquement ». Dans ce sens, le Père-Noël est lune création d’une société de nantis, un  symbole d’un collectif consommant.  Mais les partisans du Père-Noël ont-ils pensé aux effets culpabilisateurs de cette croyance chez les parents qui doivent expliquer à leurs enfants les injustices du Père-Noël ? Car tous les Noël, certains enfants seront les « oubliés » du Père-Noël et peut-être plus encore dans les années présentes et à venir…

 

A qui sert le Père-Noël ?

Quel pourrait être ce Père tout-puissant, capable de voir, depuis là où il réside, toutes les actions de l’enfant, capable de transformer en un soir les rêves en réalité ?

Tout laisse plutôt penser que cette mythologie aurait tout d’abord, une fonction régulatrice et surtout compensatoire, plus encore dans les familles carencées ou défaillantes. Le Père-Noël viendrait ainsi combler les manquements du père réel et d’une manière plus générale, réparer l’absence de l’autorité et de la fonction parentales. Là où les racines manquent et sont fragiles, là où les codes sociaux et éducatifs ont du mal à percer, à être transmis pour être respectés, le Père-Noël est érigé en personnage magique et infaillible. Dans ces maisons là, entre novembre et décembre, tout est prétexte à être rapporté au Père-Noël ; le « sois sage sinon… » commence et termine chaque demande adressée à l’enfant et toutes les conduites enfantines auraient soudainement un lien avec l’arrivée imminente de ce fabuleux personnage. C’est à lui que l’enfant remettra sa tétine, dont il a tant de mal à se séparer, c’est à lui qu’il faudra montrer son bulletin et chanter une chanson, si l’on veut être récompensé. Bref toute l’année, il ne se laisse ni voir ni entendre, et tout d’un coup, on ne parle plus que de lui, comme un véritable faiseur de magie. La nécessité de faire appel à un extérieur familial pour faire pression sur l’enfant ne signe-t-elle pas l’échec d’une autorité personnelle ?

On constaterait ainsi que plus la famille est en manque de repères (re-père), plus le Père-Noël serait investit dans le discours collectif en occupant une place prépondérante, comme s’il était capable de venir effacer toutes les failles, tous les manquements.

La crédulité de l’enfant est volontairement soutenue et le Père-Noël est celui auquel on croit, à défaut peut-être de créditer le père du réel.

Par ailleurs, un autre aspect associé à la mythologie du Père-Noël est le mensonge qui y est lié, mensonge organisé et structuré : en effet, les adultes mentent sur l’existence du Père-Noël, mais aussi sur toutes les conséquences logiques qui en résultent. L’ancêtre le plus connu des enfants n’a donc d’existence que parce qu’il est entretenu par un discours mensonger. Est-ce cela éduquer les enfants ? Abuser ainsi de la crédulité d’un enfant, n’est-ce pas immoral, car finalement mentir c’est éduquer au mensonge ? Nous essayons d’inculquer des valeurs morales à nos enfants et dans le même temps, nous mentons en masse pour édulcorer le fantasme du Père-Noël.

En mentant ainsi de façon systématique et pendant une longue période, en créant de toute pièce une histoire autour de ce personnage, qui conduira inévitablement à la découverte du caractère mensonger, les adultes créent une situation de précédent et d’exemple. Si mes parents mentent, je peux aussi le faire, se dira tout naturellement l’enfant !

Le mensonge est également en lien avec tout un cortège de secret et de non dit autour de ce personnage. A l’heure où tout le monde s’accorde, à la suite de Françoise Dolto, d’appliquer l’adage « il faut tout dire à l’enfant », on constate ce paradoxe : à 6 ans, l’enfant prend part à la presque totalité des discussions parentales, sait beaucoup de choses, mais on continue de le faire croire sagement et avec conviction au Père-Noël.

Paradoxe mais réalité tout de même, de faire ainsi pérenniser ce mythe et finalement aussi d’initier d’une certaine façon l’enfant à la dissimulation et à la désillusion. Ce secret, s’il instaure un sentiment de supériorité vis-à-vis de l’enfant, qui ne sait pas, sème un doute et traduit aussi l’angoisse des parents face à ce qu’ils cachent, à tout ce qu’ils cachent. Et qu’ont-ils à cacher avant toute chose ? C’est ici que s’origine peut-être la clef de ce mythe : l’angoisse qu’il s’agit de maîtriser par la pérennisation de ce mythe du Père-Noël pourrait être liée à celle de la scène intime des parents. Le Père-Noël, ce grand homme barbu, vêtu d’une houppelande rouge, ne vient-il pas la nuit, passant par le feu de la cheminée, pour y dispenser ses « bienfaits » ? L’enfant n’a souvent pas le droit de voir son arrivée, qui reste parfois mystérieuse et curieuse, mais il va ensuite découvrir les traces de son passage, en se voyant comblé par les cadeaux laissés. Quand l’enfant peut rencontrer ce fameux personnage, il ne l’approche souvent pas, mais l’observe de loin, impressionné par son discours et sa prestance ; bref, le Père-Noël n’est pas réellement accessible et doit garder sa part de secret.

La révélation du subterfuge se fera la plupart du temps par un tiers, rarement par les parents eux-mêmes. L’aveu parental est plutôt rare, car tous se dédouanent de ce doux mensonge par « le besoin » pour l’enfant de rêver. Tout comme la scène intime, qui ne sera généralement pas évoquée par les parents, l’enfant accède ainsi à des clefs, à des réalités, après avoir été quelques temps illusionné. Tout comme il apprendra que les bébés ne naissent dans les choux, il apprendra au sortir de l’âge tendre, que le Père-Noël n’existe que dans ce qu’il symbolise et permet de comprendre !

 

Mais le Père-Noël, c’est aussi et avant tout, la magie et l’esprit de Noël

Le Père-Noël fait bien sûr partie de la magie de l’enfance ; c’est un personnage magique, qui apporte des cadeaux, sans rien attendre en retour. C’est du domaine du merveilleux et quand l’enfant grandit dans une famille stable, sécurisante, aimante, ce personnage colossal peut alors faire partie de cette tendresse parentale.

Jusqu’à 6 ans, l’enfant a un imaginaire débordant, peuplé de bons et de mauvais personnages et c’est dans cet imaginaire que la créativité pourra prendre racine. Ainsi parmi les fées, les monstres et autres personnages qui peuplent l’univers enfantin, le Père-Noël occupe une grande place et c’est important que l’enfant puisse y croire, car c’est le mythe du don gratuit. Le Père-Noël fait écho à la pensée magique, qui régit le psychisme des petits et leur permet de fantasmer (à travers la liste des cadeaux). Au moment de Noël, les enfants sortent ainsi du monde des limites et des contraintes et ça leur fait du bien, c’est « narcissisant » de penser que ce père les aime et les comble de façon inconditionnelle. Même s’il faut limiter l’avalanche de cadeaux, pour permettre à l’enfant de rester connecté à la réalité et de saisir la valeur des choses, le laisser croire et rêver au Père-Noël les 7 premières années de sa vie, contribue ainsi à enseigner des messages forts, qui pourront lui servir de repères tout au long de sa vie : générosité, bonté, amour, magie, mystère. Alors laissons nos jeunes enfants croire au Père-Noël et avoir le droit de se sentir aimés par ce grand inconnu, pourtant si familier !

 

Mais n’oublions jamais, que dans chaque « père », l’enfant devrait trouver tout au long de sa vie un « père-noël », donc un adulte bienveillant, aimant, qui veille sur lui, qui sait, sans être toujours là, ce qui lui faut, ce qui lui plait et qui sans jamais rien attendre en retour, ne cherche qu’à donner…pas que des cadeaux, son amour et son soutien inconditionnels. C’est ce Père-Noël là, dont tout enfant, tout au long de sa vie, a besoin…

 

 

Joyeux Noël, avec ou sans Père-Noël !

 

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